Phtalates et bisphénols en grossesse : une association avec un QI plus bas à 3 ans

Une cohorte grenobloise de 380 mères associe certains phtalates et phénols à des scores de QI plus bas à 3 ans. Les gestes utiles et les limites de l’étude.

Pauline Maurel Par Pauline Maurel
4 min de lecture
Phtalates et bisphénols en grossesse : une association avec un QI plus bas à 3 ans
Une femme dans une chambre manipule un flacon en verre brun muni d’une pipette, un geste de soin cosmétique du quotidien.

En bref

  • Une étude Inserm associe l’exposition in utero à des phtalates et bisphénols à un QI plus bas chez des enfants de 3 ans.
  • Il s’agit d’une association statistique, pas d’une perte identique pour chaque enfant.
  • Cosmétiques, plastiques chauffés et tickets de caisse figurent parmi les sources citées par les chercheurs.

Oui, une exposition pendant la grossesse à certains phtalates et phénols est associée, dans une étude de l’Inserm, à un QI plus bas chez des enfants de 3 ans. Le mot compte : les chercheurs décrivent une association observée dans une cohorte, non un effet mesuré enfant par enfant. Des gestes simples réduisent l’exposition individuelle, mais les auteurs jugent la réglementation plus efficace.

Une cohorte grenobloise, des dosages répétés

L’étude, parue dans la revue Environmental Health Perspectives et relayée par What’s up doc à la suite de sa publication un mardi, a été conduite par une équipe Inserm de l’université Grenoble-Alpes. Le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade, en Espagne, y ont collaboré. Son autrice, Claire Philippat, est chercheuse à l’Inserm et à l’université de Grenoble.

Elle s’appuie sur le suivi de 380 mères et de leurs enfants, la cohorte Sepages, avec une modélisation qui intègre les connaissances antérieures. L’exposition a été estimée grâce à des prélèvements d’urine répétés chez les femmes enceintes et chez leurs bébés, alors que beaucoup de travaux précédents se contentaient d’un seul prélèvement. Le QI des enfants a ensuite été mesuré à 3 ans par un test standardisé.

380mères suivies avec leurs enfants
26phtalates et phénols dosés, dont bisphénols et parabènes
2,86points de QI en moins en moyenne, pour un niveau d’exposition en plus

Parmi les substances dosées, six ont été jugées prioritaires, car les travaux antérieurs, chez l’animal comme chez l’humain, leur attribuaient le niveau de preuve le plus élevé pour un effet sur le développement cognitif. Vicente Mustieles, premier auteur et chercheur à l’université de Grenade, l’explique ainsi : « Les résultats parus avant notre étude ont permis d’identifier parmi l’ensemble des substances dosées dans la cohorte, celles qui présentaient le niveau de preuve le plus élevé pour un effet sur le développement cognitif ».

Famille Substances retenues
Bisphénols A et S
Phtalates DEHP, DEP, DnBP, DiBP

L’association concerne l’exposition au mélange de ces six substances au troisième trimestre de grossesse. Les concentrations de quatre d’entre elles, prises une à une, sont aussi liées à des scores plus bas. Les chercheurs ont tenu compte de facteurs comme le niveau d’études des parents et la durée d’allaitement.

Sachets de pâtes, bouteilles d’eau sous film plastique et boîtes de conserve rangés dans des bacs en plastique transparents.
Pâtes en sachets plastiques, bouteilles d’eau emballées et conserves, stockées dans des bacs en plastique transparents. Photo : Julia M Cameron / Pexels

Cette moyenne se lit avec précaution. Claire Philippat précise : « ça ne veut pas dire que tous les enfants exposés ont perdu 3 points de QI, mais qu’en moyenne, le score de QI au niveau de la population française serait plus bas de 3 points ». Elle ajoute que quelques points en moins semblent peu pour un enfant, mais se traduisent à l’échelle d’une population par davantage d’enfants en difficulté, avec des conséquences évoquées pour l’école, la santé et l’économie. C’est son interprétation, non un résultat mesuré.

Où se cachent ces substances, et que changer

Les phtalates servent d’additifs dans certains plastiques, comme le PVC des revêtements de sol, des rideaux de douche ou de certains tuyaux. On les trouve aussi dans des parfums, des cosmétiques, des vernis et des peintures. Les bisphénols servent notamment de fixateurs d’encre sur les tickets de caisse. Selon Claire Philippat, ces substances sont détectées chez la quasi-totalité de la population.

Elle cite deux leviers individuels :

  • utiliser moins de produits cosmétiques ;
  • limiter les produits alimentaires emballés dans des plastiques, surtout quand ils sont chauffés.

Elle souligne que « les substances étudiées ici sont peu persistantes dans l’organisme ». Les doses internes pourraient donc baisser vite si les sources d’exposition disparaissaient. Elle estime toutefois que la réglementation et la restriction des substances avérées nocives restent la mesure la plus efficace pour protéger tout le monde.

Sur le thème voisin des cosmétiques pendant la grossesse, un article sur les ingrédients cosmétiques aborde un autre risque évoqué pour l’enfant.

Photo : Yan Krukau / Pexels

Pauline Maurel

Enfants, parents, grands-parents et vie quotidienne

Pauline Maurel

Pauline Maurel suit pour Allo Famille la grossesse, l'accouchement et les premiers mois de bébé. Elle a longtemps travaillé dans la communication d'une mutuelle avant de se mettre à écrire à plein temps, et elle recoupe toujours ses sources avec les recommandations officielles, sans jamais se substituer à un professionnel de santé. Maman d'une petite fille de quatre ans, elle tient une liste des berceuses qui endorment vraiment un bébé.